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Comprendre les signes de mal-être de l’adolescence sans tomber dans les conclusions hâtives.

ihertleer
1 sept.
4 min de lecture

« Je sens que quelque chose ne va pas, mais elle/il me dit que tout va bien »


C'est l'une des phrases que les parents prononcent le plus souvent lorsqu'ils prennent contact pour un accompagnement psychologique :

  • Rien de spectaculaire ne s'est produit.

  • Il n'y a pas forcément eu de crise, de conflit majeur ou d'événement particulier.

  • Mais quelque chose a changé.


  • Votre adolescent-e ne vous parle plus.

  • Il/elle s'enferme davantage dans sa chambre.

  • Les discussions deviennent plus courtes.

  • Les cours semblent l'intéresser moins qu'avant.

  • Parfois, elle/il paraît irritable ou distant-e.


Lorsque vous lui demandez ce qui se passe, la réponse est souvent la même : « Ça va. »


Et pourtant, votre intuition de parent vous dit que quelque chose se joue.



Cette situation est fréquente à l'adolescence et mérite d'être abordée avec nuance.


L'adolescence : une période de profonds bouleversements


L'adolescence n'est pas simplement une transition entre l'enfance et l'âge adulte. C'est une période de transformation particulièrement intense sur les plans physique, émotionnel, relationnel et identitaire.


L'Organisation Mondiale de la Santé rappelle que cette étape du développement influence profondément la manière dont les jeunes ressentent leurs émotions, prennent des décisions et construisent leurs relations avec les autres.


"Laissez moi tranquille ... j'ai besoin de vous"


Durant cette période, les jeunes cherchent progressivement à développer leur autonomie tout en ayant encore besoin d'un sentiment de sécurité affective.

Cette double dynamique peut parfois donner l'impression qu'ils repoussent leurs parents alors même qu'ils continuent à avoir besoin d'eux.


Le plus souvent, les comportements qui inquiètent sont liés au développement normal de l'adolescent.


Mais il arrive aussi que ces changements traduisent une souffrance plus profonde.

 


Le silence ne signifie pas forcément l'absence de difficulté.


De nombreux adolescents peinent à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent.

Plusieurs raisons peuvent l'expliquer :

  • la peur d'inquiéter leurs parents ;

  • la crainte d'être incompris ou jugés ;

  • le manque de vocabulaire émotionnel ;

  • la difficulté à faire face à leurs propres ressentis ;

  • le besoin de préserver leur intimité.


Selon l'OMS, les difficultés psychologiques des adolescents restent encore largement sous-identifiées et insuffisamment prises en charge dans le monde, notamment parce qu'elles sont souvent peu exprimées ou lorsqu'elles le sont vont être minimisées "ça va passer tout seul"


Le paradoxe : Des jeunes qui souffrent en silence et espérent être compris sans avoir à tout expliquer.




Aucun comportement isolé ne permet de conclure qu'un adolescent traverse une période de mal-être.

Ce qui compte davantage, c'est l'évolution dans le temps et l'accumulation de plusieurs changements.


Les signes qui peuvent attirer l'attention


Le repli sur soi : L'adolescent-e limite progressivement les activités qu'il appréciait auparavant. Elle/Il voit moins ses amis ou s'isole davantage au sein même de la famille.


L'isolement persistant constitue un indicateur qui mérite l'attention des adultes lorsqu'il s'installe dans la durée.


L'irritabilité et les conflits répétés : Le mal-être adolescence ne s'exprime pas toujours sous la forme de tristesse. Chez certains jeunes, il se manifeste davantage par :

  • l'agacement ;

  • l'opposition ;

  • des réactions excessives ;

  • une sensibilité accrue aux critiques.


Cela ne signifie pas que toute colère cache une souffrance psychologique.

Mais lorsque ces comportements deviennent inhabituels ou très fréquents, ils peuvent constituer un signal d'alerte.


Les difficultés scolaires : La baisse des résultats, le manque d'investissement ou le refus d'aller en cours sont parfois interprétés comme de la paresse ou un manque de motivation.

La réalité est souvent plus complexe.

L'anxiété, le sentiment d'échec, le manque de confiance ou certaines difficultés émotionnelles peuvent considérablement affecter les capacités d'apprentissage et d'engagement scolaire.


Attention aux conclusions trop rapides


L'une des difficultés pour les parents consiste à éviter deux écueils :

Minimiser

« C'est l'adolescence, ça va passer. »

Effectivement, certaines difficultés sont temporaires.

Cependant, lorsque les manifestations persistent, s'aggravent ou envahissent plusieurs domaines de vie, il est important de rester attentif.


Dramatiser

À l'inverse, chaque changement de comportement ne signifie pas forcément une difficulté psychologique.

Le ministère de l'Éducation nationale rappelle d'ailleurs qu'il est essentiel de distinguer une détresse psychologique ponctuelle d'un trouble psychique nécessitant une prise en charge spécifique.


Entre banalisation et catastrophisme, il existe une troisième voie

Observer. Écouter. Chercher à comprendre.


Ce dont les adolescents ont le plus besoin

Les environnements familiaux soutenants jouent un rôle protecteur majeur dans le développement psychologique des adolescents.


Concrètement, cela ne signifie pas :

  • trouver immédiatement une solution ;

  • donner des conseils en permanence ;

  • obtenir toutes les réponses.


Cela signifie plutôt :

  • rester disponible ;

  • manifester un intérêt sincère ;

  • accueillir les émotions sans jugement ;

  • maintenir un lien même lorsque celui-ci semble plus fragile.


Comme le rappelle UNICEF, de nombreux jeunes expriment le besoin d'être écoutés avant d'être conseillés. Ils attendent avant tout de rencontrer un adulte capable de les entendre sans minimiser leur vécu.

Quand devient-il utile de consulter ?

Beaucoup de parents attendent une crise importante avant de solliciter un professionnel.

Pourtant, une consultation n'est pas réservée aux situations les plus graves.

Elle peut être utile lorsque :

  • une inquiétude persiste depuis plusieurs semaines ;

  • les tensions familiales s'installent ;

  • le dialogue devient difficile ;

  • le décrochage scolaire s'aggrave ;

  • le parent se sent démuni ;

  • la famille a l'impression de tourner en rond.

L'objectif n'est pas d'étiqueter un adolescent ou de poser systématiquement un diagnostic.

Il s'agit avant tout de mieux comprendre ce qui se joue afin d'identifier les ressources et les pistes d'accompagnement adaptées à la situation.

Ce qu'il faut retenir

L'adolescence est une période de changement, mais certains changements méritent une attention particulière.

Un adolescent qui va mal ne demande pas toujours de l'aide.

Il ne parle pas forcément de sa souffrance.

Parfois, ce sont les parents qui perçoivent les premiers signes.

Faire confiance à cette intuition parentale n'est pas excessif.

C'est souvent le point de départ d'une meilleure compréhension.

Et dans de nombreuses situations, être entendu suffisamment tôt permet d'éviter que les difficultés ne s'installent durablement.

Sources

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